Du 10 mars au 27 mai 2018
Vernissage vendredi 9 mars à 18h

Peu d’artistes ont, comme lui, traversé le vingtième siècle avec suffisamment d’énergie pour en apporter au nôtre. Pour Gianfranco Baruchello, qui a jadis conduit Marcel Duchamp à Rome dans une Ferrari roulant à plein régime, il s’agit pourtant d’une énergie douce, durable, qui irrigue ses tableaux, ses sculptures, films et performances. Non pas « timide », comme celle de l’inventeur du ready-made, mais une énergie du minuscule et du détail.

Si Baruchello m’apparaît si important, et par contraste si méconnu, c’est avant tout parce que son oeuvre propose un régime spatial d’une immense originalité. Et parce que sa manière de fragmenter le monde, de le dilater à l’infini, résonne tout particulièrement à notre époque : les œuvres de Baruchello représentent des archipels de pensées, des circuits de formes, bref, très exactement ce que l’on peut percevoir dans les « formes-trajets » des artistes les plus intéressants de la nouvelle génération.
Si l’artiste italien, après avoir eu tant d’avance, semble enfin coïncider avec son temps, c’est aussi en raison de l’utopie concrète et écologique d’Agricola Cornelia, l’exploitation agricole en forme de projet artistique qu’il a fondé en 1973, qui a produit autant de formes novatrices que de légumes et de lait.

Militant, poète, cinéaste, peintre, définitivement inclassable, Baruchello fait partie de cette génération d’artistes (il est né en 1924) pour qui l’art était avant tout une forme de vie, et dans son cas précis un bolide expérimental lancé sur les routes de l’existence. Immense fresque pulvérisée en micro-détails, son oeuvre se présente comme un attentat contre tout ce qui est massif, continental, autoritaire : sa pensée fragmentaire, faite de notes et commentaires en bas de page du livre de la modernité, semble proposer une transition durable entre celle-ci et le monde contemporain.
Puisque l’époque semble enfin prête, nous pouvons revoir le siècle avec Gianfranco Baruchello.

La Villa Arson m’a invité pour être le commissaire de cette rétrospective, trois ans après l’exposition que j’avais organisée au Palais des Beaux-Arts de Paris autour d’Agricola Cornelia.

Nicolas Bourriaud
Commissaire

Exposition organisée avec le concours de la Fondazione Baruchello

Remerciements : Galleria Massimo de Carlo (Milano) et Collection Filippo et Veronica Rossi (Paris).

Informations pratiques 
Exposition du 10 mars au 27 mai 2018
Ouverte de 14h à 18h tous les jours, sauf le mardi. 
Fermée le 1er mai 2018.
ENTRÉE LIBRE

TELECHARGER Communiqué Gianfranco Baruchello

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Gianfranco Baruchello
Gianfranco Baruchello est né le 29 août 1924 à Livourne (Italie), fils d’un avocat qui a également été président de l’Unione Industriale di Livorno (Syndicat des Industriels de Livourne) et professeur à l’Université de Pise.
Après la Seconde Guerre mondiale, Gianfranco Baruchello termine son droit par une thèse en économie. En 1947, il travaille pour l’entreprise de chimie Bombrini Parodi, spécialisée dans les explosifs. Dès 1949, encouragé par son père, il s’investit chez Delfino, prenant la tête du département recherches et développements pour la partie biochimique. Mais lassé, Baruchello quitte définitivement le milieu industriel en 1959, pour se consacrer entièrement à l’art, notamment à la peinture.

En 1960, monté à Paris, il rencontre l’artiste Roberto Matta et trois ans plus tard, le poète et critique Alain Jouffroy, tous les deux l’encouragent. En 1963, alors à New York, il devient un proche de Marcel Duchamp, lequel le familiarise avec la scène avant-gardiste et en fait même une sorte de disciple. L’année suivante, il fait la connaissance de John Cage. Le Pop Art et l’expressionnisme abstrait américain sont pour Baruchello une révélation. C’est alors qu’il commence à s’intéresser aux images animées, à vouloir fabriquer des films. Il s’associe au réalisateur italien Alberto Grifi et compose avec lui Verifica incerta, un montage d’images et de sons fait essentiellement de bouts de pellicules (footage) issus de films de fictions et d’actualités des années cinquante, récupérés dans les cabines de projectionniste. Un film dédié à Marcel Duchamp, autour duquel se construit l’histoire, monument satirique à la mémoire des films hollywoodiens.

Les champs d’expérimentation artistique de Baruchello sont larges et leurs impacts sur le mouvement post-moderne évidents.

Retenons d’abord la création en 1967 d’une société fictive nommée Artiflex dont la « baseline » était : « Artiflex commercialise tout ». Agissant en tant qu’opérateur, Baruchello publie une annonce dans divers magazines financiers afin de solliciter les lecteurs à leur envoyer une demande d’échantillons. Durant trois ans, Artiflex expédia aux souscripteurs de petits colis contenant divers objets hétéroclites (bougie emmaillotée dans une feuille de journal, pages arrachées aux livres de Mao, touffe de cheveux, boîte de thon, etc.).
En juin 1968, à la galerie Tartaruga (Rome), eut lieu une performance d’un genre inédit : dans une salle nommée « Finanziaria Artiflex » (Artiflex Finances) se trouvait une table avec une caisse enregistreuse derrière laquelle était assise une « vendeuse ». Elle proposait des boîtes de carton remplies de pièces de 5 lires mais vendues à l’unité 10 lires ! Le lendemain, l’espace était devenu une « salle d’attente Artiflex » constituée de sièges et de petites tables. Cette performance constitue sans doute la première manifestation de type esthétique relationnelle. En effet, Artiflex, en tant qu’œuvre d’art évolutive, peut être jugée en fonction des relations interhumaines qu’elle figure, produit ou suscite. Du moins, telle était la volonté de Baruchello.

En 1973, Baruchello part s’installer à la campagne, au centre de l’Italie, et fonde la « Cornelia Agricola S.p.A. », une véritable ferme autonome, qui effectue toutes sortes d’activités, de la culture de légumes aux arbres fruitiers, en passant par l’élevage des moutons. L’expérience dure jusqu’en 1983, et lui inspire une série de peintures.

A propos de Gianfranco Baruchello

A visionner : « Gianfranco Baruchello à la Villa Arson »
Une déambulation avec l’artiste, une conversation avec Nicolas Bourriaud, commissaire.
Un film de Fabrice Ambrosioni, Orage Films (20 minutes). Mars 2018

A lire (Libération, Pierre Hivernat 17.10.2013)

A visionner : sujet France 3 / Daniel Gerer / 09 03 2018

Fondazione Baruchello

 

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GIANFRANCO BARUCHELLO

March 10 to May 27.2018 
Opening friday March 9 at 6 pm.

Few artists have gone through the 20th century with enough energy to carry some into the 21st. For Gianfranco Baruchello, who once drove Marcel Duchamp to Rome in a Ferrari going full speed, energy is soft and lasting, it irrigates his paintings, sculptures, films and performances. It is not a « shy » energy like that of the inventor of the ready-made, but an energy focused on the tiny and on detail.

If Baruchello seems so important to me, and by contrast so underrated, it is first of all because his work offers an immensely original spatial regime. And because his way of fragmenting the world, of dilating it ad infinitum, resonates in a particular way in our time : Baruchello’s works represent islands of thoughts, circuits of forms, in short exactly what one can see in the « form-journeys » of the most interesting artists of our new generation.

If the Italian artist, after being so ahead of his time now finally seems to coincide with it, it is also because of the concrete and ecological utopia of Agricola Cornelia, the artistic project of a farm founded in 1973, which produced as many innovative forms as it did vegetables and milk.

Activist, poet, film director, painter, definitively unclassifiable, Baruchello (born in 1924) is of a generation of artists for whom art was first of all a way of life, and in his particular case an experimental meteor thrown onto the roads of existence. A huge fresco pulverized into micro details, his work is like an attack against everything massive, continental, authoritarian: his fragmented thinking process, composed of notes and comments to the book of modernity, offers a lasting transition between this modernity and the contemporary world.

Since our era finally seems ready for it, we can review the century with Gianfranco Baruchello.

Villa Arson invited me to be the curator for this retrospective, three years after the exhibition I organized at the Palais des Beaux-Arts in Paris on Agricola Cornelia.

Nicolas Bourriaudcurator

Exhibition organized with the cooperation of the Fondazione Baruchello

Thanks to Galleria Massimo de Carlo (Milano) and Collection Filippo and Veronica Rossi (Paris)

Practical informations
Exhibition from march 10 to May 27.2018.
Open every day except Tuesday from 2 PM to 6.

Closed on May 1rst
Free admission

DOWNLOAD Press release Gianfranco Baruchello

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Gianfranco Baruchello
Gianfranco Baruchello was born on August 29, 1924 in Livorno (Italy), the son of a lawyer who was also the president of the Unione Industriale di Livorno (the Industrialist Syndicate of Livorno) and a professor at the University of Pisa.

After the second world war, Gianfranco Baruchello finished his law studies with a dissertation in economics. In 1947 he worked for the chemical firm Bombrini Parodi, specialized in explosive devices. In 1949, encouraged by his father, he became head of the biochemical research and development for Delfino. But in 1959 a weary Baruchello left the industrial world for good to dedicate himself entirely to art, and notably to painting.

In 1960 having gone to Paris he met the artist Roberto Matta and three years later the poet and critic Alain Jouffroy, who both encouraged him. In 1963, now in New York, he became close to Marcel Duchamp, who familiarized him with the avant-garde scene and even made a sort of disciple out of him. The following year he met John Cage. Pop art and the American Abstract Expressionist movement were revelations for Baruchello. He became interested in moving images and in making films. In collaboration with Italian film director Alberto Grifi he composed Verifica incerta, a montage of images and sounds using essentially pieces of footage from fiction or news films from the 50s, which they found in projectionists’ booths. The film was dedicated to Marcel Duchamp, around whom they built the story, a satirical monument to the memory of Hollywood movies.

Baruchello’s fields of artistic experimentation are extensive and their impact on the postmodern movement is obvious.

First let us remember the creation in 1967 of a fictional firm called Artiflex, whose baseline was: “Artiflex sells everything”. Acting as operator, Baruchello published an advertisement in various financial magazines calling upon the readers to write to ask for samples. For three years, Artiflex sent small packages to its subscribers, containing various motley objects (candles wrapped in newspaper, pages torn from a book on Mao Zedong, locks of hair, a can of tuna, etc.). In June 1968 at the Tartaruga gallery in Rome, an unusual performance was held: in a room called “Finanziaria Artiflex” (Artiflex Finances) was a table with a cash register behind which a “salesgirl” was sitting. She was offering cardboard boxes filled with 5 lira coins that were sold 10 lira each! The next day the space had become an “Artiflex waiting room” with seats and small tables. This performance was probably the first manifestation of something akin to relational aesthetics. Indeed, as an evolving work of art Artiflex can be interpreted according to the inter-human relations presented, produced or provoked. At any rate this is what Baruchello wished to do.

In 1973 Baruchello settled in the country at the center of Italy, and founded the “Cornelia Agricola S.P.A.”, a real independent farm with all sorts of activities, from growing vegetables and fruit trees to raising sheep. The experiment lasted until 1983 and inspired Baruchello a series of paintings.

Fondazione Baruchello

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Visuels : Gianfranco Baruchello,
L’imagination au pouvoir, 1968
Vue de l’expositions avec Être in, avec, mentre, 1963 / Rilievo ideale, 1965
Vue de l’exposition avec Primo alfabeto, 1959-1962 / Ignorance and old metaphysics must expect non survival, 1962 / Segnale di paura 2, 1962
Déserteur de la Légion, 1974
Vue de l’exposition avec 
Grande marcia su terreno evolutivo, 1963 / Innesto della pressione volgare della finzione sulla pressione volgare della realtà1964
Mostra minuscola del ’64. Eva font-ure, 1963
Vue de l’exposition avec La Grande Biblioteca, 1976 / Vita e morte del pane, 1981-2014
La Grande Biblioteca, 1976
Innesto della pressione volgare della finzione sulla pressione volgare della realtà, 1964
Vue de l’exposition avec 
Costruire una torre al mattino con materiali trovati (x4), 1979

Doux comme saveur, 1982
Vue de l’expoistion avec Mostra minuscola del ’64 / Idea as an Abstraction of Higher Order1962
Altre tracce con immagine stimolo, 1959
Fondazione Baruchello, Rome

Photos : Claudio Abate et Ezio Gosti / Loïc Thebaud